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Dao, concerto pour violoncelle

Camille PÉPIN

Details

Instrument family Cello
Catalog classifications Cello and orchestra or ensemble
Instrument nomenclature violoncelle
Total duration 00:20:30
Publisher Éditions Billaudot
Cotage GB10937
Languages French, English
Cycle / Level concert
  • Main visual

Description

Dao est un concerto pour violoncelle et orchestre inspiré par la découverte du yóuxiān, une tradition ancienne de la littérature chinoise qui raconte des voyages vers le royaume des immortels. Un personnage y quitte le monde familier, traverse des paysages extraordinaires et part en quête d’élévation et d’immortalité.

J’ai imaginé ce voyage à la fois comme une traversée physique et un cheminement intérieur. Le violoncelle en est le voyageur ; l’orchestre y incarne les mondes rencontrés. Si l’imaginaire narratif de l’œuvre vient du yóuxiān, le titre Dao (« voie » ou « chemin ») en désigne la dimension profonde et plus intérieure : celle d’un processus de transformation. C’est l'idée sous-jacente du concerto. Parti à la recherche de l’immortalité, le voyageur se transforme lui-même au cours de sa quête.

Le but importe finalement moins que le chemin emprunté — une voie qui demeure ouverte à la fin de l’œuvre.

I. Au seuil - Le départ

Le voyageur est encore au seuil. Dans un espace sonore dépouillé et suspendu, comme s’il n'était pas encore défini, le violoncelle introduit le thème qui traversera tout le concerto. Peu à peu, la matière musicale s’étoffe et se met en mouvement. Alors que les cordes s’élancent vers l’aigu, un appel scandé aux cors et cloches marque le véritable départ. Le violoncelle semble arraché du monde humain et propulsé ailleurs. Nerveux et haletant, il se heurte aux premières forces inconnues de son voyage (altos fébriles, à-coups percussifs, traits fusés), puis le tissu orchestral gonfle jusqu’à atteindre un premier sommet.

Nous basculons ensuite dans un nouveau paysage. Le thème initial réapparaît transformé, porté cette fois par des cordes liquides et ondulantes. Le violoncelle déploie ici son caractère lyrique et expressif, jusqu’à être rejoint par l’orchestre en une grande envolée épique, accomplissant ainsi la traversée vers un autre monde. Le mouvement se termine par un appel lancé dans le vide ouvrant sur l’inconnu, sans conclusion.

II. Errance céleste

Le voyageur pénètre maintenant dans un espace supérieur, céleste et lumineux, où la matière ordinaire s’est dématérialisée. L’orchestration participe à cette impression d’apesanteur (métaux scintillants, trompettes voilées par les sourdines, cordes et harpe doucement percussives). Détachées de la matière terrestre, ces irisations dessinent un monde de particules brillantes, mouvantes et suspendues, où rien n'est palpable.

Contrairement au mouvement précédent, le violoncelle ne lutte plus contre son environnement. Expressif et chaleureux, il se laisse porter par lui, évoluant au-dessus d’une nappe mouvante et colorée (marimba, vibraphone, harpe), comme s’il flottait dans les hauteurs du ciel.

Mais cette traversée n’est pas paradisiaque. L’orchestre emplit et assombrit peu à peu l'espace. Dans cette matière dense, les particules se meuvent de manière instable et se chevauchent au-dessus d’un tapis grondant de contrebasses ponctué de timbales implacables. La tension retombe et laisse place à une section lente. Le voyageur se souvient de celui qu’il était avant son départ : le violoncelle, nostalgique, reprend le thème initial, tandis que dans l’orchestre ne subsistent que quelques traces sonores du chemin parcouru jusqu’ici.


III. Élévation

Le dernier mouvement s’ouvre sur une cadence virtuose et exigeante pour le soliste, rappelant la difficulté et l’envergure de sa quête. Au retour de l’orchestre, les éléments des premiers mouvements convergent et se transforment en de nouveaux paysages sonores, comme si les expériences précédentes avaient été digérées. Le voyageur comprend que sa quête l’a transformé et amené à une forme d’accomplissement. Le voyage extérieur devient alors intérieur.

Ce mouvement alterne de grandes montées orchestrales, comme si le voyage l’emmenait toujours plus loin, et des moments plus intimes laissant chanter le violoncelle. Il dialogue, planant et serein, avec différents protagonistes de l’orchestre. Un paysage du premier mouvement réapparaît, mais avec une manière nouvelle de l’habiter. L’orchestre au complet s’envole finalement en une dernière ascension célébrant cette transformation. Pourtant, la quête ne s’achève pas. Le violoncelle s’élance soudain de nouveau, comme si, au moment même où sa quête semblait accomplie, une autre voie s’ouvrait déjà devant lui.


Le concerto est dédié à Jan Vogler, à l’origine de la commande et créateur de l’œuvre.