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Le temps des études passé, chacun prit son chemin dans la voie de la musique plurielle qui charriait son lot d'influences, de réflexions, de réalisations. J'appris que Pierre Max Dubois, tout en privilégiant la composition, opus par opus, ne négligeait pas la carrière de pianiste ni même celle de chef d'orchestre. J'appris encore que, de 1967 à 1995, il assumait la classe d'analyse et de culture musicale au C.N.S.M. de Paris. Complète connaissance donc des divers systèmes compositionnels. Mais le compositeur, lui, ne semblait nullement hanté par les problèmes de langage qui marquaient notre époque. Toujours le même piquant, la même spontanéité, la même habileté ; aucune influence des divers courants de la recherche, toujours cette même ironie. Les titres se moquaient de tout, de lui-même peut-être : "Musique pour un western" (espiègle condensé de toutes les recettes des films des années 50), une java pour orchestre, "La grande truanderie", "Quintette burlesque"... Un jour, je découvris son disque de "Musique ésotérique". "Quoi, pensais-je, notre damoiseau cacherait-il sous ses alertes pirouettes quelques profondes méditations ?" La réponse vint au cours d'une conversation : "Je suis de caractère primesautier mais une partie de ma personne, cachée, est certes la plus sérieuse ; pourtant, ce caractère m'incite à écrire une musique plus gaie. J'adore l'humour et je n'ai pas la prétention de faire tourner le monde à l'envers." En 1993, au cours d’un entretien radiodiffusé réalisé à Radio France, je retrouvai Pierre Max Dubois. Au fringant jeune homme, la maturité faisait place. Les traits alourdis, le visage buriné, la démarche appesantie démontraient que la maladie avait fait son œuvre. Pourtant, cet héritier inavoué de Satie ou du décapant Poulenc de la première période n’avait rien perdu de cette finesse du langage où chaque mot, comme les notes, était pesé. A l’audition des Dentellières de Bruges, il me définit la pièce comme “une musique qui coule”, tandis que dans La comète (extrait de Musique dans l’espace), les trompettes “tricotent”, se plût-il à souligner, avec les fils complexes de sourdines rarement employées. Conversation sans prétention aucune autour d’un micro, le compositeur admettant qu’au cours des années de sa carrière, son évolution ne fut pas très grande : “La musique, pour moi, est une chose distrayante et naturelle, j’écris aujourd’hui comme j’écrivais hier. En un mot, je suis “la bonne pondeuse” car, en tous genres, je crois avoir écrit autant que Milhaud, mon maître adoré”. Impressionnante production, en effet, qui ne néglige aucune forme, allant des piécettes destinées à la formation des jeunes instrumentistes jusqu’à ce Quartettuccio, quatuor miniature pour cordes inscrit au répertoire du quatuor Enesco. De l’orgue à la harpe en passant par l’accordéon de concert, la guitare, la clarinette basse, aucun instrument n’est le parent pauvre de cette écriture musicale qui fait aussi la part belle au saxophone, instrument encore utilisé avec prudence par les compositeurs. Pierre Max Dubois, lui, le fait valser, respirer ; il l’unit à ses cousins de tessitures différentes ou encore le traite en soliste face à un orchestre symphonique (Deuxième concerto pour saxophone). Mais, en ce jour de 1993, alors que notre entretien radiophonique s’achevait, je demandai à Pierre Max Dubois quel pourrait être le mot de la fin ; après un court silence, je m’entendis répondre : “Je suis heureux avec ma musique et je ne regrette rien”. Son sourire se figeait, deux ans plus tard, laissant une place à part dans le monde de la musique, un vide difficile à combler en nos temps troublés, celui d’une cocasserie d’un homme, en majorité de l’œuvre, dans l’esprit de la pirouette bien française qui s’étend de Couperin à l’impertinence du Coq et l’Arlequin de Cocteau. Maguy Lovano |
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